Moana Reva
(2024)

Deux récits originaux puisant leur inspiration aux sources immémoriales des mythes composent le recueil Moana Reva.
Ils rendent hommage à la culture et à la langue polynésiennes, mais c’est Huahine « L'Ile de la Femme » qui les a inspirés.
Alors que « La Vengeance de Hina » nous ramène aux premiers âges de la création du monde par les Dieux, dans un univers sauvage et d’une singulière beauté, l’héroïne du second récit, la Princesse Ariipaea vahine, incarne symboliquement le point de bascule d’un monde que l’on croyait intangible vers un autre, nouveau, venu d’au-delà des mers.
L’identité d’un peuple, les marqueurs culturels que sont la défense d’une langue, la connaissance de son Histoire, mais aussi celle du cap que l’on souhaite fixer pour son avenir, si Moana Reva questionne sur des sujets qui touchent intimement à l’âme maʻohi, ils n’en sont pas moins universels.

Mahana no Atua Paul Gauguin(1894)
Musée d’art de Chicago.

Jacques Boullaire (1893 -1976)
Extrait
Jamais Ari'ipaea vahine n'aurait pu imaginer que voyager comme Esprit, sous la protection d'un guide aussi singulier, pût offrir autant d'agréments.
Elle découvrait pour la première fois les côtes serpentines de son île, les écharpes célestes et paresseuses du lagon, les dunes ondulantes du Grand Océan, avec le regard émerveillé d'une enfant.
Tereroa survola bientôt une étroite vallée dont elle ignorait l'existence, non loin de la Baie Fa'atemu, à Ra'iātea.
Il fallut se glisser entre les branches bavardes de flamboyants séculaires, plantés de part et d'autre des versants abrupts de la montagne, puis remonter le long de ce goulot végétal qui filtrait presque totalement la lumière.
Tereroa ne lui avait pas menti.
Les eaux vertes d'une cascade jaillissaient des yeux d'un tiki taillé dans la chair brune de la montagne.
Deux flux discontinus de larmes se mélangeaient cent mètres plus bas, en une tresse compacte et argentée.
Elle disparaissait dans une vasque peu profonde, puisque Ari'ipaea vahine en distinguait le fond.
Ses contours dessinaient les courbes harmonieuses d'un bénitier.
Alentour, se développaient une végétation exubérante, un enchevêtrement confus de fougères anuhe, plus hautes que des hommes, dont les limbes, piquées de segments bleus, s'enroulaient comme des crosses d'évêques ; des bananiers, expiant d'antiques péchés sous le faix de régimes aux teintes émeraude et citrine ; des roses de porcelaine, hallebardes lumineuses poussées par on ne savait quel miracle dans les graviers noirs ceinturant le point d'eau.
Tereroa cueillit une feuille de bananier, la tailla délicatement pour lui donner la forme d'une pirogue. Quand il eut de l'eau jusqu'à la taille, il tourna le dos à la cascade, déposa le frêle esquif sur la surface bouillonnante de l'onde et, la main soutenant par en-dessous la feuille, lorsqu'il se fut assuré de sa stabilité, il y installa Ari'ipaea vahine.
La jeune fille fut touchée par la sollicitude presque paternelle de son compagnon, mais son tempérament indépendant et rétif s'agaçait vite de prévenances qu'elle considérait souvent comme un frein à sa liberté.

Escales en Polynésie
Titouan Lamazou
Editions Au vent des Iles (2021)
Critiques des lecteurs
"Je suis Polynésienne et je dois admettre que ces deux récits sont un vibrant hommage à mon fenua, à ma culture, et à mon peuple. Vous vous inspirez de nos mythes et de nos légendes pour nous proposer deux récits originaux et modernes mais en même temps ils s’inscrivent dans le respect scrupuleux de nos traditions. Comment rester insensible au charme des deux héroïnes ? À ces paysages polynésiens que vous décrivez si bien ?
Que vous sublimez ? Je retrouve parfois de vagues parfums du Mariage de Loti, la sensibilité et la violence parfois sont les mêmes, et vous écrivez largement aussi bien !
Merci pour ce merveilleux cadeau que vous faites à Huahine et à la Polynésie tout entière ! "
"Evasion garantie ! "
"Je connais un peu la Polynésie par les films ou les reportages à la télévision mais je n'avais jamais rien lu sur ce pays et sur cette culture. C'est une première et une vraie découverte ! L'évasion est garantie ! La description des paysages est sublime, les personnages (deux femmes, Ariipaea et Hina) sont attachants, l'auteur jongle habilement avec la langue française et la langue polynésienne, et on se laisse séduire par son style, par l'histoire. On ressort de là avec la tête pleine d'émotions et avec une terrible envie de partir à la découverte de Huahine, l'île à laquelle Jean Rasther rend hommage. Moana Reva est assurément une oeuvre de très grande qualité."
Critiques des lecteurs
Critiques des lecteurs
"Au début, j’ai feuilleté en diagonale Moana Reva et tout de suite, je me suis dit :
« Encore un pōpa’a qui croit qu’en mettant des noms tahitiens partout, il va nous attendrir ! »
Puis, en relisant attentivement, je me suis ravisée…
J’y ai vu vos recherches et votre passion sincère pour notre langue, notre culture, le ‘aramihi en est un exemple…
Peu de personnes connaissent ce crabe.
Mais vous vous y êtes intéressé !
Et ces petits clins d’œil, humbles détails qui semblent insignifiants pour beaucoup, me touchent parce qu’ils me montrent que vous vous inspirez de notre environnement pour agrémenter votre fiction mythologique.
Les poètes fabriquent les mythes.
Vous êtes un poète pour moi. Votre oeuvre peut-être utilisée pour désigner cette invention. En retour, les mythes font et façonnent les âmes des enfants, donc des Hommes qu’ils deviendront. Et vous leur avez fait honneur dans votre oeuvre.
En la lisant, je trouve une richesse poétique et certains passages m’ont fait éprouver une vive sensation…"
"Je ne pourrais parler dans cet espace, même brièvement, de tous les livres que je reçois. Ils sont nombreux et je suis honoré de cette marque d’estime. Néanmoins, que l'on me permette d'en évoquer quelques-uns. Aujourd'hui, "Moana Reva" (Le Lys Bleu) de mon ami du bout du monde Jean Rasther. Résident de l'île de Huahine - Polynésie française, près de Tahiti - où il enseigna quelques années, l'auteur, imprégné de l'esprit des "Immémoriaux" chers au grand Victor Segalen, s'est coulé avec grâce dans ces mythes millénaires qui font de ces atolls bien plus que de simples gemmes enchâssées dans une imperturbable mer émeraude. Dans ce style poétique qui lui est cher, soucieux du mot juste ou rare, mais sans excès, empruntant aussi au lexique tahitien, il nous invite, en amoureux fervent de ces latitudes, à remonter vers l’aube du monde ou à découvrir Ari’ipaea vahine, reine de Huahine, à la beauté légendaire. Piquer une tête dans ces lagons littéraires, c’est s’accorder un bain lustral aux effets durables."
Patrick Tudoret
